La lettre de Léosthène

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Intervention (en français) de Vladimir Poutine à la 43è Conférence de Sécurité de Munich

mercredi 14 février 2007


Ce texte est lié à la lettre n° 279/2007, Conférence de Munich sur la sécurité : la clarté du verbe



Nous proposons ici une traduction (non officielle) de l’intervention du président russe Vladimir Poutine à la 43ème Conférence sur la Sécurité de Munich, à partir du texte en anglais paru sur le site du Kremlin. Les questions et réponses qui ont suivi l’intervention ne sont pas traduites. On peut les consulter dans leur version anglaise sur notre site.

 

Vidéo disponible (extrait avec traduction en anglais incrustée dans l’image) YouTube


Vladimir Poutine, le 10 février 2007, Munich

Merci, Madame le Chancelier fédéral, M. Teltschik, Mesdames et Messieurs,

Je suis réellement heureux d’être invité à une conférence aussi représentative que cette assemblée d’hommes politiques, de militaires de haut rang, d’entrepreneurs et d’experts de plus de 40 nations.

La structure de cette conférence me permet d’éviter une politesse excessive et la nécessité de parler en termes diplomatiques approximatifs, agréables mais vides de sens. La forme de cette conférence va me permettre de dire ce que je pense réellement des problèmes de sécurité internationale. Et si mes paroles semblent inutilement polémiques, orientées ou inexactes à vos collègues, je vous demande de ne pas m’en faire grief. Après tout, ceci est seulement une conférence. Et j’espère qu’après les deux ou trois premières minutes de mon discours, M. Teltschik n’allumera pas sa lumière rouge.

Donc. Il est bien connu que la sécurité internationale comporte bien d’autres questions que celles liées à la stabilité militaire et politique. Elle implique la stabilité de l’économie mondiale, la lutte contre la pauvreté, la sécurité économique et le développement d’un dialogue entre les civilisations.

Ce caractère universel et indissociable de la sécurité est exprimé dans le principe de base que “ la sécurité pour un est la sécurité pour tous”. Comme
l’a dit Franklin D. Roosevelt dès les premiers jours de la seconde guerre mondiale : “ Quand la paix a été brisée quelque part, la paix de tous les pays est partout en danger ”.

Ces mots restent d’actualité. D’ailleurs, le thème de notre conférence – les crises mondiales, la responsabilité mondiale – en est un exemple.

Il y a seulement vingt ans, le monde était idéologiquement et économiquement divisé et c’était l’énorme potentiel de deux superpuissances qui garantissait la sécurité dans le monde.

Ce face à face mondial a relégué les problèmes économiques et sociaux les plus aigus aux marges de l’ordre du jour de la communauté internationale et du monde. Et, comme toute autre guerre, la Guerre froide nous a laissés, au sens figuré, avec des munitions intactes. Je me réfère aux stéréotypes idéologiques et autres aspects typiques de la pensée des blocs pendant la Guerre froide.

Le monde unipolaire qui est advenu après la Guerre froide n’aurait pas existé en cas contraire.

L’histoire de l’humanité a certainement passé par des périodes unipolaires et connu des aspirations à la suprématie mondiale. Que n’est-il pas arrivé dans l’histoire du monde ?

Cependant, qu’est-ce qu’un monde unipolaire ? Quelle que soit la façon d’embellir le mot, en fin de compte il désigne un type de situation, c’est-à-dire un seul centre d’autorité, un seul centre de force, un seul centre qui prend les décisions.

Il s’agit d’un monde où il n’y a qu’un seul maître, qu’un seul souverain. Ce qui est en fin de compte pernicieux non seulement pour ceux qui sont dans le système, mais aussi pour le souverain lui-même, parce qu’il se détruit de l’intérieur.

Et ceci n’a certainement rien à voir avec la démocratie. En effet, comme vous le savez, la démocratie est le pouvoir de la majorité à la lumière des intérêts et des opinions de la minorité.

Soulignons incidemment que la Russie – nous – reçoit sans cesse des leçons de démocratie. Mais, pour une raison ou une autre, les donneurs de leçons ne veulent rien apprendre pour eux-mêmes.

Je considère que le modèle unipolaire est non seulement inacceptable mais encore impossible dans le monde d’aujourd’hui. Et ceci pas seulement parce que s’il y avait un leadership unique dans le monde d’aujourd’hui – précisément d’aujourd’hui – alors les ressources militaires, politiques et économiques n’y suffiraient pas. Ce qui est plus important encore est que ce modèle lui-même est vicié parce qu’il n’y a et ne peut y avoir à la base de fondations morales pour une civilisation moderne.

En même temps, ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui – et nous avons juste commencé d’en discuter – est une tentative pour introduire précisément ce concept dans le monde des affaires internationales – ce concept d’un monde unipolaire.

Et avec quels résultats ?

Des actions unilatérales et fréquemment illégitimes n’ont résolu aucun problème. Plus encore, elles ont causé de nouvelles tragédies humaines et créé de nouveaux centres de tension. Jugez par vous-mêmes : les guerres n’ont pas diminué, pas plus que les conflits régionaux. M. Teltschik l’a mentionné en termes très mesurés. Il n’y a pas moins de pertes humaines dans ces conflits – plus de victimes y meurent qu’auparavant. Beaucoup, beaucoup plus !

Nous sommes aujourd’hui les témoins d’une hyper utilisation presque sans contrainte de la force – de la force militaire – dans les relations internationales, force qui plonge le monde dans un abysse de conflits permanents. En conséquence, nous ne sommes pas assez puissants pour résoudre un seul de ces conflits. Trouver un compromis politique devient également impossible.

Nous sommes témoins d’un dédain de plus en plus grand pour les principes de base du droit international. Les normes légales internationales deviennent, de fait, de plus en plus proches du seul système d’un seul Etat. Un seul Etat, et bien sûr, d’abord et avant tout les Etats-Unis, a outrepassé ses frontières nationales de toutes les manières. Ce qui est visible dans les politiques économiques, politiques éducatives et culturelles qu’ils imposent aux autres nations. Eh bien, qui aime ça ? Qui en est heureux ?

En matière de relations internationales, en raison du climat politique actuel, le désir de résoudre une question donnée selon ce qu’on appelle l’opportunité politique est de plus en plus fréquent.

Ce qui est bien sûr extrêmement dangereux. Le résultat est que personne ne se sent plus en sécurité. Je veux insister là-dessus – personne ne se sent plus en sécurité ! Parce que personne ne peut se sentir protégé par le droit international comme par un mur solide. Evidemment, une telle politique stimule une course aux armements.

La domination de la force encourage inévitablement un certain nombre de pays à acquérir des armes de destruction massive. Plus encore, de nouvelles menaces significatives – bien qu’elles aient été très bien connues auparavant – sont apparues, et aujourd’hui, des menaces comme le terrorisme ont pris un caractère mondial.

Je suis convaincu que nous avons atteint le moment décisif où nous devons sérieusement penser l’architecture de notre sécurité mondiale.

Et nous devons procéder en cherchant un équilibre raisonnable entre les intérêts de tous dans le dialogue international. En particulier quand le paysage international est aussi varié et qu’il change aussi rapidement – qu’il change à la lumière d’un développement dynamique dans un ensemble de pays et de régions.

Madame le Chancelier fédéral l’a déjà mentionné. Le PNB conjugué mesuré en parité de pouvoir d’achat de pays tels que l’Inde et la Chine est déjà aussi élevé que celui des Etats-Unis. Un calcul similaire pour les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) surpasse le PNB cumulé de l’Union européenne. Et selon les experts, cet écart devrait s’accentuer dans le futur.

Il n’y a pas de raison de douter que le potentiel économique des nouveaux centres de croissance sera inévitablement converti en influence politique et renforcera la multipolarité.

En relation avec ce phénomène, le rôle de la diplomatie multilatérale augmente de façon significative. Le besoin de principes tels que l’ouverture, la transparence et la prédictabilité en politique est incontestable et l’emploi de la force devrait être une mesure réellement exceptionnelle, comparable à l’usage de la peine de mort dans le système judiciaire de certains Etats.

Pourtant, nous sommes aujourd’hui les témoins d’une tendance inverse, c’est-à-dire d’une situation dans laquelle les pays qui interdisent la peine de mort même pour les assassins et autres dangereux criminels participent avec légèreté à des opérations militaires qu’il est difficile de considérer comme légitimes. Et, de fait, ces conflits sont meurtriers et tuent des centaines et des milliers de civils !

Dans le même temps, des questions apparaissent : devons nous être indifférents ou nous tenir à distance de conflits internes à certains pays, aux régimes autoritaires, aux tyrans, et à la prolifération des armes de destruction massive ? En fait, ceci était aussi au centre de la question que notre collègue et ami, M. Lieberman, a posée au Chancelier fédéral. Si j’ai correctement compris votre question, Monsieur, il s’agit évidemment d’une question grave ! Pouvons-nous être des observateurs indifférents à ce qui se passe ? Je vais répondre à votre question : bien sûr que non.

Avons-nous les moyens de contrer ces menaces ? Nous les avons certainement. Il suffit de considérer l’histoire récente. Notre pays n’a-t-il pas connu une transition pacifique vers la démocratie ? En réalité, nous avons été les témoins d’une transformation tranquille du régime soviétique – une transformation pacifique ! De quel régime ! Avec quelle quantité d’armes, y compris nucléaires ! Pourquoi devrions-nous commencer à bombarder et à ouvrir le feu à chaque fois qu’une opportunité se présente ? Est-ce le cas quand, sans menace de destruction mutuelle, nous n’avons pas assez de culture politique, de respect pour les valeurs démocratiques et pour le droit ?

Je suis convaincu que la seule mécanique qui puisse, en dernier recours, emporter la décision de faire appel à la force militaire est la Charte des Nations Unies. A ce propos, ou bien je n’ai pas compris ce qu’a dit notre collègue, le ministre de la Défense italien, ou bien ce qu’il a dit est inexact. J’ai compris que le recours à la force était légitime seulement quand la décision était prise par l’OTAN, l’Union européenne ou l’ONU. S’il pense vraiment ainsi, nous avons alors des points de vue différents. Ou bien je n’ai pas entendu correctement. L’utilisation de la force ne peut être considérée comme légitime que si la décision est sanctionnée par les Nations Unies. Et nous n’avons pas besoin d’y substituer l’OTAN ou l’Union européenne. Quand l’ONU parviendra réellement à unir les forces de la communauté internationale, et pourra effectivement réagir aux événements dans plusieurs pays, quand nous aurons laissé derrière nous ce dédain pour le droit international, alors la situation pourra changer. Dans le cas contraire, nous aboutirons à une impasse, et le nombre de fautes graves va se multiplier. En même temps, il faut s’assurer que le droit international a un caractère universel, à la fois dans sa conception et par ses normes d’application.

Et l’on ne doit pas oublier que les actions politiques démocratiques vont nécessairement de pair avec une discussion et un laborieux processus de décision.

Mesdames et Messieurs,

Le danger potentiel de déstabilisation des relations internationales est lié à la stagnation évidente de la question du désarmement.

La Russie soutient le renouveau du dialogue sur cette question importante.

Il est important de conserver le cadre légal international en ce qui concerne les armes de destruction et par conséquent garantir la continuité de la réduction des armes nucléaires.

Ensemble avec les Etats-Unis d’Amérique, nous sommes convenus de réduire notre capacité en missiles stratégiques nucléaires à 1700 à 2000 têtes au 31 décembre 2012. Pour sa part, la Russie a l’intention de remplir strictement les obligations auxquelles elle a souscrit. Nous espérons que notre partenaire agira également dans la transparence et s’abstiendra de laisser de côté quelques centaines de têtes superflues en prévision des jours de pluie. Si, aujourd’hui, le ministre de la Défense américain déclare qu’il ne dissimulera pas ces armes superflues dans un entrepôt ou, comme certain le disent, sous un oreiller ou sous la couverture, alors, je suggère que nous nous levions tous pour acclamer cette grande déclaration. Ce serait là une déclaration de première importance.

La Russie adhère strictement et a l’intention d’adhérer plus encore au Traité de Non Prolifération des Armes nucléaires ainsi qu’à un régime de supervision multilatérale de la technologie des missiles. Les principes que contiennent ces documents sont des principes universels.

A ce propos, je voudrais rappeler que, en 1980, l’URSS et les Etats-Unis ont signé un accord sur la destruction de toute une série de missiles à courte et moyenne portée sans que ces documents aient un caractère universel.

Aujourd’hui, de nombreux autres pays disposent de missiles semblables, y compris la République démocratique de Corée du Nord, l’Inde, le Pakistan et Israël. De nombreux pays travaillent sur ces systèmes et prévoient de les incorporer à leur arsenal militaire. Seuls les Etats-Unis et la Russie portent la responsabilité de ne pas développer de tels systèmes d’armes.

Il est évident que dans ce contexte nous devons penser à garantir notre propre sécurité.

En même temps, il n’est pas possible d’autoriser l’apparition d’armes nouvelles de haute technologie. Il va sans dire que nous parlons de mesures destinées à prévenir un nouveau domaine de confrontation, particulièrement dans l’espace. La guerre des étoiles n’est plus un fantasme, elle est devenue une réalité. Déjà, dans le milieu des années 1980, nos partenaires américains étaient capables d’intercepter leur propre satellite dans l’espace.

La position russe est que la militarisation de l’espace peut avoir des conséquences incalculables pour la communauté internationale, et provoquer rien de moins que le début d’une ère nucléaire. Nous avons plus d’une fois proposé des initiatives pour prévenir l’usage des armes dans l’espace.

Je voudrais vous dire aujourd’hui que nous avons préparé un projet en vue d’un accord sur la prévention du déploiement d’armes dans l’espace. Dans un futur proche, il sera envoyé à nos partenaires en tant que proposition officielle. Travaillons ensemble sur ce sujet.

Les plans pour étendre certains éléments d’un système anti-missile à l’Europe ne peuvent nous aider – mais au contraire nous perturber. Qui a besoin de la prochaine étape de ce qui serait, si c’était le cas, une
inévitable course aux armements ?

Des missiles d’une portée de 5 à 8000 kilomètres qui poseraient une menace réelle à l’Europe n’existent dans aucun des pays dits “à problèmes”. Et, dans le futur proche et au-delà, ceci n’arrivera pas et n’est pas même prévisible. Un lancement hypothétique, par exemple, d’une fusée nord-coréenne vers le territoire américain au travers de l’Europe de l’Ouest contredirait manifestement les lois de la balistique. Comme nous disons en Russie, cela reviendrait à utiliser sa main droite pour se toucher l’oreille gauche.

Ici, en Allemagne, je ne peux m’empêcher de mentionner l’état déplorable du Traité sur les Forces armées conventionnelles en Europe.

Ce traité a été signé en 1999. Il a pris en compte la nouvelle réalité géopolitique, à savoir la disparition du Pacte de Varsovie. Sept ans après, quatre Etats seulement l’ont signé, y compris la Russie.

Les pays de l’OTAN ont ouvertement déclaré qu’ils ne ratifieraient pas le Traité, y compris les clauses concernant les restrictions de déploiement de forces sur les zones tampon, jusqu’à ce que la Russie ait retiré ses bases militaires de Géorgie et de Moldavie. Notre armée quitte la Géorgie, en avance même sur le calendrier établi. Nous avons résolu nos problèmes avec nos collègues géorgiens, comme chacun le sait. Il y a encore 1500 hommes en service en Moldavie qui sont en cours d’opérations de maintien de la paix et qui protègent les réserves de munition héritées des temps soviétiques. Nous discutons en permanence avec M. Solana, et il connaît notre position. Nous sommes prêts à aller plus loin dans cette direction.

Mais que se passe t-il dans le même temps ? Simultanément, apparaît une ligne de front américaine dite flexible avec plus de 5000 hommes par base. Il en découle que l‘OTAN a poussé ses forces de front sur nos frontières quand nous continuons de respecter strictement les obligations du traité et ne réagissons en rien à ces actes.

Je pense qu’il est évident que l’expansion de l’OTAN n’a rien à voir avec la modernisation de l’Alliance elle-même ou avec la sécurité de l’Europe. Au contraire, elle représente une provocation sérieuse qui réduit le niveau de la confiance mutuelle. Et nous avons le droit de demander : contre qui est dirigée cette expansion ? Et qu’est-il advenu des assurances données par nos partenaires de l’Ouest après la dissolution du Pacte de Varsovie ? Où sont ces déclarations aujourd’hui ? Personne ne s’en souvient. Mais je me permettrai de rappeler le discours du Secrétaire général de l’OTAN le 17 mai 1990. Il disait alors que “ le fait que nous soyons prêts à ne pas positionner d’armée de l’OTAN hors du territoire allemand donne à l’Union soviétique une ferme garantie de sécurité ”. Où sont ces garanties ?

Les pierres et les blocs de béton du mur de Berlin ont longtemps été distribués comme souvenirs. Mais nous ne devons pas oublier que la chute du mur a été rendue possible grâce à un choix historique - un choix qui a été aussi fait par notre peuple, le peuple russe - un choix en faveur de la démocratie, de la liberté, de l’ouverture et d’un partenariat sincère avec tous les membres de la grande famille européenne.

Qui tentent maintenant d’imposer de nouvelles lignes de division et des murs entre nous - ces murs qui peuvent être virtuels mais qui néanmoins nous divisent, des murs qui partagent notre continent. Est-il possible qu’il faille une fois encore des années, des dizaines d’années et plusieurs générations d’hommes politiques pour démanteler et raser ces murs ?

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes, sans aucune équivoque, pour le renforcement du régime de non-prolifération. Les principes légaux de l’actuelle législation internationale nous permettent de développer les technologies permettant de produire de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. De nombreux pays, avec toutes sortes de bonnes raisons, veulent générer leur propre énergie nucléaire, base de leur indépendance énergétique. Mais nous savons aussi que ces technologies peuvent rapidement se transformer en armes nucléaires.

Ceci provoque des tensions internationales graves. La situation qui entoure le programme nucléaire iranien en est un exemple clair. Si la communauté internationale ne trouve pas une solution raisonnable pour résoudre ce conflit d’intérêt, le monde continuera de souffrir de crises similaires et déstabilisantes parce qu’il y a plus de pays sur ce seuil que le seul Iran. Tous, ici, nous savons cela. Nous allons devoir combattre sans répit la menace de la prolifération des armes de destruction massive.

L’année dernière, la Russie a lancé une initiative pour construire des centres d’enrichissement de l’uranium. Nous sommes ouverts à la possibilité que ces centres ne soient pas ouverts seulement en Russie, mais également dans les autres pays où il existe un fondement légitime pour utiliser de l’énergie nucléaire civile. Les pays qui veulent développer leur énergie nucléaire pourraient s’assurer qu’ils recevraient du combustible au travers d’une participation directe dans ces centres. Et les centres devraient, bien entendu, fonctionner sous la supervision stricte de l’AIEA.

Les dernières initiatives lancées par le président George Bush coïncident avec les propositions russes. Je considère que la Russie et les USA sont objectivement également intéressés à renforcer le régime de non prolifération des armes de destruction massive et de leur déploiement. Ce sont précisément nos pays, leaders dans le nucléaire, avec leurs capacités en matière de missiles, qui doivent agir en tant que chefs de file en developpant des mesures nouvelles et plus strictes de non-prolifération. La Russie est prête à assumer cette tâche. Nous avons engagé des consultations avec nos amis américains.

D’une manière générale, nous devrions discuter de l’instauration d’un ensemble de mesures politiques incitatives et de stimuli économiques grâces auxquels il ne serait pas dans l’intérêt des Etats de se doter de capacités propres dans le cycle du combustible nucléaire bien que gardant l’opportunité de développer l’énergie nucléaire et renforcer leur capacité énergétique.

Sur ce sujet, je vais parler plus en détails de la coopération internationale en matière d’énergie. Madame le Chancelier fédéral l’a déjà abordée brièvement - elle a mentionné être concernée par le sujet. Dans le secteur énergétique, la Russie se propose d’instaurer des principes de marché uniformes et des conditions transparentes. Il est évident que les prix de l’énergie doivent être déterminés par le marché au lieu d’être le sujet de spéculations politiques, de pressions économiques et de chantage.

Nous sommes ouverts à la coopération. Les compagnies étrangères participent à tous nos projets énergétiques majeurs. Selon plusieurs estimations différentes, plus de 26 % de l’extraction de pétrole en Russie - et, s’il vous plaît, réfléchissez à ce chiffre - plus de 26 % du pétrole extrait en Russie est réalisé par des sociétés étrangères. Essayez, essayez donc de trouver un exemple similaire où le business russe soit associé de façon importante dans des secteurs clef de l’économie dans les pays occidentaux. De tels exemples n’existent pas ! Il n’y en a tout simplement pas !

Je voudrais aussi rappeler la parité des investissements étrangers en Russie avec ceux que la Russie investit à l’étranger. La parité est d’environ quinze pour un. Vous avez ici un exemple flagrant de l’ouverture et de la stabilité de l’économie russe.

La sécurité économique est le domaine dans lequel tous doivent adhérer à des principes uniformes. Nous sommes prêts à entrer dans une compétition équitable.

Pour cette raison, des opportunités de plus en plus nombreuses apparaissent dans l’économie russe. Des experts et nos partenaires économiques occidentaux évaluent objectivement ces changements. Ainsi, le credit rating établi par l’OCDE pour la Russie s’est amélioré et nous sommes passés du quatrième au troisième groupe. Je voudrais remercier aujourd’hui à Munich nos collègues allemands pour leur aide dans la décision que je viens de mentionner.

Allons plus loin. Comme vous le savez, le processus d’entrée à l’OMC pour la Russie atteint sa phase finale. Je dirai que, tout au long de discussions longues et difficiles, nous avons beaucoup entendu parler de liberté d’expression, de liberté dans les échanges et d’égalité des chances mais, pour une raison ou pour une autre, exclusivement en référence au marché russe.

Il y a encore un sujet plus important qui affecte directement la sécurité mondiale. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui parlent de lutte contre la pauvreté. Que se passe-t-il actuellement dans ce domaine ? D’un côté, des ressources financières sont allouées à des programmes d’aide aux pays les plus pauvres - parfois de substantielles ressources financières. Mais pour être honnête - et beaucoup ici le savent - en lien avec le développement des entreprises du donneur lui-même. D’un autre côté, les pays développés maintiennent simultanément leurs subventions agricoles et limitent l’accès de certains pays à des produits de haute technologie.

Pour dire les choses comme elles sont - une main distribue des aides charitables tandis que l’autre préserve son arrière-cour économique tout en récoltant les profits afférents. La tension sociale croissante dans les régions en dépression conduit inévitablement à la montée du radicalisme, de l’extrémisme, nourrit le terrorisme et les conflits locaux. Et si tout cela survient, dirons-nous, dans une région comme le Moyen-Orient, où domine de plus en plus le sentiment que le monde en général est inéquitable, alors le risque d’une déstabilisation mondiale existe.

Il est évident que les pays leaders dans le monde devraient être conscients de cette menace. Et qu’ils devraient en conséquence construire un système économique mondial plus équitable, un système qui offrirait à chacun une chance et une possibilité de se développer.

Mesdames et Messieurs, en prenant la parole dans cette Conférence de Sécurité, il est impossible de ne pas mentionner les activités de l’Organisation de Coopération pour la Sécurité en Europe (OSCE). Il est bien connu que cette organisation a été créée pour examiner TOUS - j’insiste sur ce mot - tous les aspects de la sécurité, qu’ils soient militaires, politiques, économiques, humanitaires et en particulier les relations entre ces différentes domaines.

Que voyons-nous aujourd’hui ? Nous voyons que cet équilibre est clairement rompu. Certains essayent de transformer l’OSCE en un vulgaire instrument de promotion des intérêts de politique étrangère d’un pays ou d’un groupe de pays. Cette tâche est menée à bien par l’appareil de la bureaucratie de l’OSCE qui n’est en rien reliée aux Etats fondateurs de l’organisation. Les procédures de prise de décision et l’engagement des prétendues organisations non gouvernementales sont conçues en ce sens. Ces organisations sont formellement indépendantes mais elles sont financées dans ce but et par conséquent sous contrôle.

Selon les documents fondateurs, dans le domaine humanitaire, l’OSCE est destinée à assister les pays membres pour les aider à observer, à leur requête, les normes des droits de l’homme. Ce qui est une mission importante. Nous la soutenons. Mais cela ne veut pas dire interférence dans les affaires intérieures des autres pays, et particulièrement pas d’imposer un régime déterminant comment ces Etats doivent vivre et se développer.

Il est évident que de telles interférences ne favorisent en rien le développement d’Etats démocratiques. Au contraire, elles les rendent dépendants, et, par conséquent, politiquement et économiquement instables.

Nous soutaitons que l’OSCE revienne à sa mission
première et construise avec des Etats souverains des relations fondées sur le respect, la confiance et la transparence.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais faire en conclusion la remarque suivante. Nous entendons très souvent - et j’entends personnellement très souvent - des appels de nos partenaires, y compris de nos partenaires européens, afin que la Russie joue un rôle de plus en plus actif dans les affaires du monde.

Ceci me permet une petite remarque. Il n’est guère nécessaire de nous inciter à le faire. La Russie est un pays dont l’histoire s’étend sur plus de mille ans et qui a pratiquement toujours usé du privilège de conduire une politique étrangère indépendante.

Nous n’allons pas changer de tradition aujourd’hui. En même temps, nous sommes tout à fait conscients des changements intervenus dans le monde et nous avons un sens réaliste des opportunités et du potentiel qui sont les nôtres. Et bien sûr, nous souhaitons interagir avec des partenaires responsables avec lesquels nous pourrions travailler de concert à construire un ordre mondial équitable et démocratique qui assurerait sécurité et prospérité non pas seulement à quelques-uns, mais à tous.

Je vous remercie de votre attention.

Source : www.kremlin.ru/eng/text/speeches/2007/02/10/0138_type82914type84779_118135.shtml


 


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